Un leadership allemand pour l’Europe ?

Un leadership allemand pour l’Europe ?

(Image: Jon Berkely/The Economist/Reuters/alamy)

La perspective d’une alternance politique en Allemagne a nourri beaucoup d’espoirs en France. Un chancelier issu d’un parti social-démocrate ne serait-il pas plus conciliant vis-à-vis d’un président socialiste ? Son ancrage à gauche ne lui permettrait-il pas d’être plus ouvert sur la question de la politique monétaire européenne ou sur la mise en place d’euro-obligations ? L’écrasante victoire d’Angela Merkel a fait voler en éclat un rêve que la gauche française avait un temps caressé. Néanmoins, l’antagonisme droite-gauche n’est pas suffisant pour analyser les divergences franco-allemandes tant celles-ci proviennent d’abord d’une expérience historique et culturelle différente.

La question du leadership de l’Allemagne en Europe fait partie de ces malaises partagés par toute la classe politique d’outre-Rhin. Il est coutume de dire qu’Angela Merkel est la femme la plus puissante d’Europe, mais cela revient à oublier que la Loi fondamentale de 1949 organise un subtil équilibre des pouvoirs. En effet, la chancelière allemande est confrontée à un faisceau de contre-pouvoirs, allant de la Cour de Karlsruhe au contrôle étroit du Bundestag, en passant par le poids des Länder. La République fédérale allemande a été créée dans le souci d’empêcher que les décisions les plus importantes ne pèsent que sur une seule personne. Un esprit français est donc étonné de voir que la chancelière allemande doit constamment obtenir l’aval du Bundestag à chaque avancée des négociations européennes, tandis que le président de la République n’est pas tenu de consulter le Parlement sur ces questions.

La relative lenteur du système institutionnel allemand n’est pourtant pas le seul obstacle à l’exercice de son leadership européen. Le ministre polonais de Affaires étrangères, Radek Sikorski, dans un discours tenu à Berlin en 2011, déclarait ainsi avoir «moins peur des tanks allemands que de l’inaction allemande». Si la chancelière, à l’image de toutes les grandes personnalités politiques en Allemagne, rechigne tant à se saisir pleinement de cet appel, c’est essentiellement pour deux raisons. D’abord car la traduction allemande du terme leadership est le mot fuhrung, dont le bannissement du vocabulaire politique germanique traduit la difficulté de l’Allemagne à se penser en puissance politique. De plus, comme l’indique l’historien britannique Thimothy Garton Ash : «quand les Allemands entendent « dirigez l’Europe », ils comprennent « ouvrez votre portefeuille ! »». Une solidarité européenne, pourtant nécessaire à la survie de la zone euro, est difficile à envisager pour le contribuable allemand tant le ressentiment envers les Etats dépensiers du Sud est grand.

Face à ces blocages, la France peut jouer un rôle majeur et le troisième mandat d’Angela Merkel ne doit pas être celui du statu quo européen. Le couple franco-allemand n’a d’ailleurs jamais aussi bien fonctionné que lorsque leurs dirigeants étaient de bords politiques opposés. Devant la perspective d’une grande coalition pour diriger l’Allemagne, la France doit aller au-delà des clivages politiques pour reconstruire un leadership européen, cruellement absent aujourd’hui.

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