SPD et CDU : les mêmes propositions ?

SPD et CDU : les mêmes propositions ?

A l’occasion d’une réunion à Berlin, j’ai eu l’occasion de discuter avec des Allemands et des Français intéressés par la politique autour de nombreuses sessions sur des thèmes proposés par les participants. Pour cette dernière semaine avant les élections fédérales de dimanche prochain, PLC publiera trois articles reprenant les débats de trois de ces (nombreuses) sessions : l’engagement des jeunes dans des partis politiques, le « Manifeste du Futur » rédigé par 11 jeunes allemands de tous les partis sauf extrême droite, et, aujourd’hui,  la question de savoir s’il y a de véritables différences entre les partis en Allemagne, si une véritable alternative à la CDU existe.

Ce premier article est en lien direct avec le précédent, qui traitait du SPD et du fait qu’il n’apparaît pas comme une véritable alternative. Les thèmes des deux gros partis que sont la CDU et le SPD apparaissent similaires et à observer la campagne, on peine à y trouver de vrais points de rupture. Les propositions diffèrent-elles réellement ? Qu’en est-il de la politique mise en œuvre, dans un système où les grandes coalitions droite-gauche ne sont pas anormales et où le compromis domine souvent ? Cet article résume quelques idées qui ont été mises en avant lors du débat.

Des différences qui se sont estompées avec l’amélioration du niveau de vie. Avant, la différence était plus nette entre les gros partis. Par exemple, le SPD était le parti des travailleurs. L’électorat était plus segmenté. Aujourd’hui il y a consensus sur les grands thèmes parce que le niveau de vie global a augmenté. Si on prend l’exemple de la lutte des travailleurs, elle n’est pas aussi virulente que par le passé parce que les travailleurs ont davantage de droits qu’avant. Les partis se sont restructurés, ils s’adressent à un parti plus large, les référentiels ont évolué. Dans la même idée, la bonne santé économique de l’Allemagne ne favorise pas les propositions « radicales ». Cela ne signifie pas extinction des différences entre les partis : bien sûr, a fortiori pendant la campagne, le SPD affiche sa différence avec la CDU. Par exemple, si les deux partis veulent mettre en place un salaire minimum, ils n’en ont pas la même vision. Idem pour le nucléaire, l’émancipation des femmes… Bref, des différences subsistent mais les frontières se brouillent.

Große Koalition ou pas ? Une culture du compromis. La question qui se pose est également celle de la différence entre partis dans l’exercice du pouvoir, au-delà de la campagne. Y aura-t-il une grande coalition SPD / CDU à l’issue des élections de dimanche ? La question fait débat parmi les Allemands présents dans la salle. Pour certains, Merkel et Steinbrück montrent trop ostensiblement leurs divergences pour pouvoir gouverner ensemble. D’autres pensent au contraire que c’est l’option la plus probable : le FDP (le centre avec qui la CDU forme actuellement une coalition) est en chute libre dans les sondages et la CDU ne pourra selon toute évidence pas former une coalition avec. De même, il est peu probable que le SPD et les verts disposent de suffisamment de voix pour former une coalition. Große Koalition donc, ou alors « rot rot grün », c’est-à-dire SPD, Verts et Die Linke, possible mais qui n’a pas la préférence de Steinbrück, donc ce serait avec un autre chancelier, ce qui est tout à fait envisageable dans un système parlementaire. La pratique de la « grande coalition », courante en Allemagne, est intéressante pour nous, chez qui la cohabitation relève de l’exceptionnel, de l’anormal. Cette pratique va en Allemagne de pair avec une culture du compromis. Lorsque le gouvernement est formé, un contrat de coalition fixe quels points du programme des deux alliés seront appliqués. Ainsi entre 2005-2009, la collaboration des deux partis s’est bien passé, notamment parce que Merkel était une chancelière pragmatique. Du coup une coalition SPD-CDU dirigée par Merkel ne signifie pas écrasement du SPD. Des Allemands ont rappelé qu’il ne faut pas oublier que les grandes coalitions existent ailleurs : en Suisse, en Autriche.

Les petits partis sont plus « variés » mais moins visibles. Si les gros partis se ressemblent, les petits partis ont des positions beaucoup plus divergentes. Par exemple pour ce qui concerne l’Europe, les gros partis sont bien sûr pro-européens, mais des petits partis comme « Alternative für Deutschland » affichent clairement leur rejet de l’Europe et leur volonté d’en sortir. Le problème c’est qu’en Allemagne, ces petits partis ont du mal à se faire entendre. C’est intéressant de voir que dans un système d’élections législatives à moitié proportionnel, on favorise les gros partis. Exemple frappant : le temps de parole à la télé pendant la campagne est non pas reparti de manière égalitaire entre tous les candidats, mais proportionnellement à leur représentation au Bundestag, ce qui favorise bien entendu les gros partis. Ainsi, un TV-Duell d’une heure et demie, présenté comme un évènement à ne pas manquer dans les médias, a opposé Merkel et Steinbrück à quatre journalistes sur un beau plateau. Le lendemain, les trois candidats « suivants » en termes de poids, FDP, les verts et l’extrême gauche se sont rencontrés dans un débat d’une heure, face à deux journalistes, sur un plateau clairement de second rang…

La session s’est conclue par l’évocation des changements avec lesquels les politiques doivent compter et qui entraîneront inévitablement des changements : médias, écologie, place des femmes.

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