Les trois problèmes du SPD

Les trois problèmes du SPD

Pourquoi l’Allemagne prévoit une troisième victoire d’Angela Merkel

« Si les élections fédérales étaient dimanche prochain… » Chaque semaine depuis un an, les électeurs allemands répondent à cette question. Et chaque semaine depuis un an, la CDU/CSU domine largement dans les sondages, d’une dizaine de points en moyenne sur l’année, et le pourcentage pronostiqué du SPD empire au fil des mois. Ce désamour a pour racine trois problèmes.

Premier problème : l’Agenda 2010 et la « Grande coalition »

Entre 2003 et 2005, Gerhard Schröder (au pouvoir de 1998 à 2005 à la tête d’une coalition SPD – Die Grünen, les verts) met en place « l’Agenda 2010 », un ensemble de réformes allant dans le sens d’une libéralisation du marché du travail et des assurances sociales. Cela provoque une violente crise interne au sein du SPD, lequel parvient cependant à sauver les meubles et réalise un score quasi identique à celui de la CDU aux élections fédérales de 2005. Deux options s’offrent alors au parti : soit une coalition avec Die Linke (extrême gauche) et Die Grünen, soit une « grande coalition » avec la CDU. Refusant l’alliance avec l’extrême gauche, le SPD s’allie à la CDU. Angela Merkel devient chancelière.

S’ajoutant à l’Agenda 2010, la grande coalition vient renforcer l’image du SPD comme parti libéral. Première conséquence : le parti perd de nombreux électeurs au profit des Linke et des Grünen. Deuxième conséquence : les militants sont divisés et la direction du parti fragilisée et agitée par les courants internes. Ainsi le Président Kurt Beck (2006-2008) tente un rééquilibrage à gauche mais, renversé par l’aile droite, il est remplacé par Steinmeier, qui réoriente le parti au centre et souhaite voir émerger des élections de 2009 une nouvelle coalition, cette fois-ci avec le FDP (le parti libéral, centre-droit). Le FDP rejetant l’idée d’une telle coalition, la seule option reste le maintien de la grande coalition avec la CDU. Coalition dont Angela Merkel entend, elle, se débarrasser. La voie lui est ouverte par les 11,2 points de pourcentage que perd le SPD lors des élections, et c’est une coalition avec CDU – FDP qui voit le jour.

Deuxième problème : un candidat peu crédible et un programme à l’image peu alternative

Que se passe-t-il ensuite ? Le parti semble entrer dans une crise durable, bien qu’il tente une rénovation dès le Congrès suivant (2009). Sigmar Gabriel est élu à la tête du parti, et Peer Steinbrück plus tard désigné comme candidat à la chancellerie. Cependant, il ne bénéficie pas du plébiscite dont Angela Merkel fait l’objet au sein de son propre parti : alors que les adhérents de la CDU sont à 97 % en faveur d’une candidature de Merkel, ceux du SPD sont plus mitigés puisque seuls 66 % souhaitent voir Steinbrück se présenter aux élections.

Qu’en est-il du programme ? En quelques mots : dans le domaine de l’emploi, le SPD veut introduire un salaire minimum de 8,50 euros bruts de l’heure et garantir davantage de sécurité aux salariés en contrat précaire. Concernant l’éducation, le programme propose de supprimer la « prime au fourneau » (100 à 150 euros d’aide accordée aux parents qui élèvent leur enfant à la maison) au profit de l’ouverture de nouvelles places en crèches, qui manquent cruellement, et d’instaurer plus de journées entières d’école (les enfants allemands n’ont école que le matin) pour améliorer les apprentissages et permettre aux parents de combiner travail et enfant. Question retraite, le SPD veut permettre aux travailleurs qui ont des métiers pénibles et/ou ont cotisé 45 ans, de partir à 63 ans (aujourd’hui l’âge légal est de 65 ans mais il est repoussé progressivement pour atteindre 67 ans) et instaurer une retraire minimum. Au niveau fiscal : taxe sur les transactions financières, lutte contre l’évasion fiscale, davantage d’impôts pour les riches. Le problème, c’est que Merkel reprend à son compte les propositions du SPD en les adaptant. C’est le cas par exemple du salaire minimum, qu’elle souhaite voir fixé par les entreprises. Du coup, le SPD apparaît de moins en moins comme une alternative… Mais cette alternative existe et est nécessaire. Les bons chiffres globaux de l’économie allemande viennent masquer un chômage des jeunes et des personnes âgées élevé et de fortes inégalités. Une politique de gauche favoriserait davantage de justice sociale.

Troisième problème : le système allemand et les coalitions gouvernementales

Le problème, et les Allemands le savent, c’est que même si le SPD réalise un bon score, il n’en résultera qu’une nouvelle coalition CDU/SPD dirigée par Merkel et cela ne changera pas grand-chose à la politique du pays. Mais le SPD n’est pas obligé de s’allier avec la CDU. Il pourrait choisir l’alliance avec Die Grünen et Die Linke, respectivement crédités de 13 et 7 % dans le sondage du 1er août. Une telle coalition serait pour le coup dirigée par le SPD lui-même, qui pourrait alors mettre en œuvre ses idées au lieu de se voir imposer son agenda politique. Cela permettrait au SPD un rééquilibrage à gauche. Mais si l’alliance avec Die Grünen ne pose pas problème, la réticence qui a conduit en 2005 le SPD à se tourner vers la CDU demeure aujourd’hui. Le passé de l’Allemagne rend sans doute plus complexe l’alliance avec l’extrême gauche – dont le parti reste ancré à l’est bien qu’il commence à percer dans les Länder d’ex-RFA. Cependant, l’article publié le 15 avril dernier par la section PS de Munich relatant l’intervention de la vice-présidente de Die Linke dans la capitale bavaroise éclaire intelligemment ce parti d’extrême gauche qui n’apparaît pas si extrême que cela. D’autant qu’il ne s’agirait pas de le porter à la chancellerie, mais d’en faire un simple allié.

Plus sur le sujet :

Sur les élections de 2013

– « Angela Merkel pille les idées des sociaux-démocrates« , Le Monde du 24 juin 2013

– « Les gauches allemande et française à l’unisson contre Angela Merkel« , La Croix du 28 avril 2013

Sur Die Linke

– « En Allemagne, la gauche radicale s’impose dans la campagne électorale« , Le Monde du 11 septembre 2009

Sur l’agenda 2010 de Schröder

– « 10 ans des réformes Schröder : le bilan qui divise« , L’Expansion, 14 mars 2013

– « Agenda 2010 : le bilan« , Courrier International, 14 mars 2013

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