Les Allemands plus engagés dans des organisations politiques jeunes

Les Allemands plus engagés dans des organisations politiques jeunes

A l’occasion d’une réunion à Berlin, j’ai eu l’occasion de discuter avec des Allemands et des Français intéressés par la politique autour de nombreuses sessions sur des thèmes proposés par les participants. Pour cette dernière semaine de campagne qui s’est conclue aujourd’hui par un vote fédéral marquant une impressionnante victoire d’Angela Merkel, PLC publie trois articles reprenant les débats de trois de ces (nombreuses) sessions. Le premier porte sur les différences entre les partis politiques en Allemagne. Le second porte sur le « Manifeste du Futur » rédigé par 11 jeunes allemands de tous les partis sauf extrême droite. Aujourd’hui, ce troisième et dernier article porte sur l’engagement des jeunes dans des partis politiques.

Les jeunes Allemands sont plus engagés que les jeunes Français, voilà le premier point mis en avant dans cette session autour du thème « l’engagement des jeunes dans les partis politiques de jeunesse ». Cela est d’ailleurs vrai pour les autres types d’engagement : les Allemands sont davantage syndicalisés (18 % des Allemands sont syndiqués contre moins de 8 % des Français (OCDE 2010)) et ils sont également davantage engagés dans des associations. Surtout, cette tendance d’un engagement politique des jeunes plus prononcé outre-rhin se retrouve au niveau de l’engagement politique de tous les Allemands. Quelques chiffres à titre de comparaison : SPD 475 000 adhérents, PS 175 000. CDU-CSU 620 000 adhérents, UMP 200 000. Die Grünen 60 000, les Verts 10 000.

Tobias Warken, secrétaire aux relations franco-allemandes de la « Junge Union » de tendance CDU était présent lors de la session. Première organisation de jeunesse politique, la « Junge Union » compte 125 000 adhérents. Les Jeunes Populaires en comptent 30 000, alors même que les méthodes de calcul favorisent le chiffre puisque les Jeunes Populaires sont partie intégrante de l’UMP et tous les adhérents de l’UMP qui ont moins de 30 ans sont classés Jeunes Populaires. Tobias nous a expliqué que le fort nombre d’adhérents vient de la forte décentralisation de l’organisation, qui a une véritable direction autonome dans chacun des 16 Länder. Le parti père ne dirige pas la Junge Union, pas davantage qu’une direction unique de l’organisation jeune que l’on trouverait à Berlin. Cette autonomie attire les jeunes et facilite l’engagement. En France, les organisations politiques de jeunesse sont liées aux partis et pâtissent de leur image bureaucratique. En Allemagne, s’engager dans un parti jeune n’a pas du tout la même signification. Un jeune qui s’intéresse à la politique s’engage assez naturellement dans une organisation politique jeune, alors qu’en France c’est un pas plus conséquent. Tobias Warken a également indiqué que du fait du poids de l’organisation la CDU ne peut se permettre de l’ignorer, notamment en campagne puisque les jeunes sont la première force militante. La « Junge Union » a donc véritablement son mot à dire et est écoutée. De plus, elle est financée, mais ce financement vient des Länder et donc de l’Etat et non de la CDU, ce qui change tout en termes d’autonomie et de rapports de force. Elle a donc les moyens d’organiser des évènements et de peser, sans être sous perfusion du parti père.

Une représentante des jeunes FDP (les Julis, « Junge Liberale », 10 000 adhérents) a précisé que des places sont réservées au Parlement pour les Julis, signe de ce poids des organisations de jeunesse. Malheureusement aucun représentant des Jusos de tendance SPD n’était dans la salle, mais cela fonctionne de la même manière, à la différence que les Jusos ont moins d’adhérents. Ils sont tout de même 70 000 face à 6 000 Jeunes Socialistes… Ils sont donc une organisation importante, autonome et capable de se structurer seule.

Enfin, la coopération des organisations de jeunesse au niveau international a été évoquée. Cette coopération est parfois difficile, et la représentante des Julis a notamment expliqué qu’il est difficile pour cette organisation centriste de trouver un partenaire en France. La possibilité de faire campagne ensemble pour les Européennes a été évoquée, ça se met déjà en place chez les jeunes verts (mouvement Young European Greens). Concrètement, la coopération internationale consiste en discussions, échanges d’expériences à tous niveaux, échange de stratégie de campagne.

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