La jeunesse allemande s’exprime dans un « Manifeste du Futur »

La jeunesse allemande s’exprime dans un « Manifeste du Futur »

A l’occasion d’une réunion à Berlin, j’ai eu l’occasion de discuter avec des Allemands et des Français intéressés par la politique autour de nombreuses sessions sur des thèmes proposés par les participants. Pour cette dernière semaine avant les élections fédérales de dimanche prochain, PLC publie trois articles reprenant les débats de trois de ces (nombreuses) sessions. Le premierpublié mardi, porte sur les différences entre les partis politiques en Allemagne. Le troisième et dernier traitera de l’engagement des jeunes dans des partis politiques. Aujourd’hui, il sera question du « Manifeste du Futur » rédigé par 11 jeunes allemands de tous les partis sauf extrême droite. L’un d’eux est venu animer une session pour nous parler du projet.

Le « Manifeste du Futur » débute en ces termes : « Nous sommes jeunes, venons de courants politiques différents et représentons une génération qui a rarement son mot à dire ». Une génération à laquelle on reproche de ne pas s’exprimer, mais qui s’estime plutôt pas assez écoutée. Une génération qui a grandi dans un contexte d’injustice sociale, de poids de la dette grandissant, de crise financière, de catastrophe climatique… Face à ce constat déjà maintes fois tiré, et parce que « notre avenir s’annonce comme une catastrophe (…) dont nous allons payer le prix », 11 jeunes de tous les partis allemands à l’exception de l’extrême-droite ont décidé de réfléchir ensemble à ce qui réunit la jeunesse et en sont arrivés à dix propositions dont voici un résumé.

1. Démocratie. Il faut que les citoyens soient davantage impliqués dans les décisions politiques, notamment via Internet. « Nous voulons un droit de vote à 16 ans et davantage d’éducation politique à l’école ». « Un ‘conseil du futur’ regroupant des jeunes devrait de plus servir de porte-voix de la jeune génération dans les débats de société. » L’impôt devrait par ailleurs être davantage lisible.

2. Transparence. Le processus démocratique et notamment l’élaboration de lois devraient être davantage transparents. Le lobbysme doit être encadré par un registre des lobbys « selon le modèle américain ». Les revenus d’appoint (« à-côtés ») des députés doivent être publiés.

3. Internet. « Les débats ont besoin d’un espace numérique libre. Nous nous opposons à la censure, pour un droit à l’accès à internet. (…) La sphère numérique privée doit être mieux protégée ».

4. Travail et rente. « Le travail doit être justement rémunéré. Les relations de travail précaires du présent créent la pauvreté future des personnes âgées (…) le contrat de génération est cassé. » Jeunes et moins jeunes doivent assumer les conséquences du changement démographique. Le système de retraite doit être unifié pour toutes les catégories professionnelles, ce qui comprend donc les fonctionnaires et les indépendants. Nous devons tous être solidaires.

5. Finances publiques. « Nous investirons bientôt un euro sur quatre dans le financement de la dette. » Il faut lutter contre l’évasion fiscale, instaurer une taxe sur les transactions financières. « Par des économies intelligentes aux bons endroits, des moyens peuvent être dégagés pour les allocations familiales, l’éducation, les infrastructures. » Il faut gérer la finance au niveau européen et s’assurer que les banques ne soient pas déresponsabilisées par la certitude d’être sauvée selon le principe « too big to fail ».

6. Environnement. « Nous exigeons un mode de vie soutenable (…) les luttes économiques et politiques ne doivent pas nuire à la protection de l’environnement. » Les auteurs fixent à 2050 la date à laquelle la transition énergétique doit être effective.

7. Education. Education de qualité pour tous, et, proposition intéressante, l’éducation devrait être gérée non par les 16 régions comme c’est le cas aujourd’hui, mais par le fédéral.

8. Famille et égalité des sexes. « Avoir un enfant ne doit pas signifier ruine financière ou fin de la carrière. » Il faut développer les crèches.

9. Europe et intégration. « Nous exigeons un droit d’initiative législative pour le Parlement européen, et une Commission élue par lui » Actuellement le pouvoir d’initiative législative est détenu par la Commission. Autres propositions : « meilleure reconnaissance des diplômes au niveau européen ». La double-nationalité doit être développée.

10. Jeunes et personnes âgées ensemble ! « Toutes les générations doivent travailler ensemble et non les unes contre les autres. » L’habitat intergénérationnel doit être développé.

On peut reprocher à ce manifeste son manque de concret. Et encore ! Si certaines propositions sont très larges, comme le processus démocratique transparent, la lutte contre l’évasion fiscale, l’éducation de qualité… d’autres au contraire apparaissent très concrètes : la gestion de l’éducation au niveau fédérale (proposition assez « révolutionnaire » soit dit en passant), le droit de vote à 16 ans ou encore le registre des lobbys. Par ailleurs, il ne s’agit pas d’un programme, encore moins de celui d’un parti politique : c’est pourquoi le manifeste contient des idées larges, qui sont là pour rappeler ce qui tient à cœur à la jeunesse, pour rappeler que la jeunesse s’exprime.

Les auteurs du manifeste sont :
– Theresa M. Bücker, 28 ans, auteur, SPD ;
– Sascha Collet, 29 ans, président fédéral de Die Linke ;
– Wolfgang Gründinger, 28 ans, auteur, SPD/Pirates ;
– Vincent-Immanuel Herr, 24 ans, étudiant, non militant ;
– Sebastian Jabbusch, 29 ans, journaliste, Pirates ;
– Diana Kinnert, 21 ans, étudiante, CDU ;
– Lamia Özal, 23, étudiante, non militante ;
– Leslie Pumm, 18 ans, apprenti, FDP ;
– Hanna Sammüller, 29 ans, doctorante, Verts ;
– Jacob Schrot, 22 ans, étudiant, CDU ;
– Martin Speer, 26 ans, indépendant, étudiant, Verts
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